La chute d’Hubble s’accélère, une course contre la montre est lancée

Freiné par une atmosphère terrestre plus dense sous l’effet de l’activité solaire, le télescope spatial Hubble perd de l’altitude à un rythme inquiétant. Entre vieillissement de ses gyroscopes et projets de sauvetage encore flous, son avenir reste suspendu aux décisions de la Nasa.



Hubble perd de l’altitude, et cette chute s’accélère depuis mi-2022. Le télescope spatial le plus célèbre est passé de 550 km d’altitude à seulement 480 km en quatre ans. Il a perdu ainsi quasiment autant d’altitude qu’en vingt ans, après son rehaussement par la mission de la navette Columbia en 2002. « À ce rythme-là, Hubble pourrait rentrer dans l’atmosphère terrestre au début des années 2030, en fonction de l’activité solaire », confirme Alise Fisher, de la direction des missions scientifiques de la Nasa. Le freinage de la très haute atmosphère varie en effet en fonction de l’intensité de l’activité solaire. Lors des maximas solaires, l’enveloppe gazeuse de notre planète est en moyenne plus épaisse, car elle est chauffée par le flux de particules solaires plus intense.



Swift servira de test

Cette mission nommée Swift Boost sera une première en version robotisée. Une telle opération est plus compliquée qu’il n’y parait, car beaucoup de satellites n’ont pas été conçus pour cela. C’est le cas de Swift. « Pour Hubble, les solutions techniques possibles sont plus nombreuses, puisque son entretien en orbite a été prévu à l’origine », précise Alise Fisher. En effet, Hubble dispose de barres qu’un bras robot peut saisir. Des pièces d’amarrage et une cible ont aussi été ajoutées en 2009 lors de la mission STS-125 de la navette Atlantis en vue d’une éventuelle mission robotisée. Le but premier était de permettre de désorbiter le télescope de façon sécurisée, car ce satellite massif de 11 tonnes ne se désintègrera pas complètement lorsqu’il rentrera dans l’atmosphère.

Un avenir suspendu à deux gyroscopes

Avant d’en arriver là, encore faudrait-il qu’il tombe en panne. Son point faible, ce sont ses gyroscopes. Ces systèmes inertiels en rotation rapide permettent de stabiliser le télescope spatial, mais aussi de le pointer vers une cible céleste de façon précise. À l’origine, Hubble avait six gyroscopes disponibles. Il fonctionnait avec deux d’entre eux simultanément et disposait de deux paires de réserve, car ces pièces mécaniques ont une durée de vie limitée.

En 2024, trois gyroscopes étaient déjà en panne et un quatrième a rendu l’âme. « À partir de là, Hubble a été passé dans un mode d’observation utilisant un seul gyroscope, tout en conservant l’autre restant pour une utilisation future. Dans cette configuration, la Nasa prévoit que Hubble continuera à faire des découvertes tout au long de cette décennie, et peut-être même au-delà », espère Alise Fisher.

Une icône de la pop culture

Lancé aux tout débuts du World Wide Web, Hubble occupe une place unique. Ses images ont marqué plusieurs générations et l’ont hissé au rang d’icône. Mais il y a plus : ses résultats scientifiques ont largement dépassé les attentes. « Hubble a plus que doublé sa durée de vie prévue à l’origine et observe l’Univers depuis plus de trois décennies », souligne Alise Fisher. Pour ces raisons, toute la communauté astronomique est attachée à cet instrument encore plus qu’à tout autre.

Songez simplement qu’en 1990, la première planète extrasolaire n’était pas encore découverte. Et personne ne pouvait imaginer que l’observatoire spatial permettrait de caractériser l’atmosphère de plusieurs d’entre elles.

Une épée de Damoclès politique

La fin d’Hubble sera donc une lourde page à tourner que l’on espère la plus tardive possible. Si rien n’est fait, elle aura lieu d’ici cinq ans environ. Mais si ses gyroscopes tiennent et qu’une mission de rehaussement de l’orbite est validée, on peut espérer aller jusqu’en 2035. Il aura alors fonctionné près d’un demi-siècle !

Au-delà des considérations techniques, plane toujours le risque que la décision soit motivée par des raisons économiques et politiques. « Dans l’élaboration de tout projet de rehaussement de Hubble, la Nasa cherchera à améliorer l’efficacité opérationnelle afin de réduire les coûts des missions prolongées, et ainsi continuer à offrir l’impact scientifique le plus élevé possible avec les ressources disponibles », conclut Alise Fisher. L’avenir de Hubble est donc suspendu à l’endurance de ses gyroscopes, au développement d’une mission robotisée, et aux atermoiements politiques d’un pays navigant en eaux troubles. Pendant ce temps, il freine de plus en plus dans la haute atmosphère…


Par Jean-Luc Dauvergne
Chef de rubrique à Ciel & Espace