Back to the Basics : Depuis quand avons connaissance de galaxies et autres objets stellaires en dehors de notre propre univers ?

Introduction : Un changement de paradigme cosmologique

Jusqu’au début du XXe siècle, l’Univers observable se limitait, pour la plupart des astronomes, à la Voie lactée. Les « nébuleuses spirales » observées depuis le XVIIIe siècle (Messier, Herschel) étaient généralement interprétées comme des nuages de gaz ou des systèmes stellaires internes à notre Galaxie. La preuve définitive que ces objets sont des galaxies indépendantes, comparables à la nôtre, constitue l’un des plus grands sauts conceptuels de l’histoire de l’astronomie. Cette révolution, souvent associée à Edwin Hubble, s’inscrit dans le « Grand Débat » de 1920 et culmine avec les observations de 1923-1925.

Contexte historique et observations préliminaires

Dès le Xe siècle, l’astronome persan Abd al-Rahman al-Sufi mentionne la « petite nébuleuse » (Andromède). Galilée, avec sa lunette, résout certaines nébuleuses en étoiles, mais les spirales restent floues. Au XIXe siècle, les spectroscopes de Huggins montrent que certaines nébuleuses ont un spectre continu (étoiles), d’autres des raies d’émission (gaz). Lord Rosse observe la structure spirale de M51 (1845), mais sans distance fiable.

Au début du XXe siècle, les estimations de la taille de la Voie lactée varient fortement. Harlow Shapley, à partir des amas globulaires, propose une Galaxie immense (300 000 années-lumière de diamètre) avec le Soleil décentré. Heber Curtis défend une Voie lactée plus petite et voit dans les nébuleuses spirales des « univers-îles » lointains.

Le Grand Débat (26 avril 1920)

Organisé par la National Academy of Sciences à Washington, le débat oppose Shapley (favorable à une Voie lactée unique et vaste) et Curtis (défenseur des univers-îles). Aucun vainqueur clair n’émerge : Shapley a raison sur la position décentrée du Soleil et la taille globale de la Galaxie ; Curtis a raison sur la nature extragalactique des spirales. Les arguments reposent sur la distribution des novae, la rotation des spirales et les mesures de parallaxe (imprécises).

La percée d’Edwin Hubble (1923-1925)

Edwin Powell Hubble, utilisant le télescope Hooker de 100 pouces (2,54 m) de l’observatoire du Mont Wilson, identifie le 5-6 octobre 1923 une variable céphéide (V1) dans M31 (Andromède). Grâce à la relation période-luminosité établie par Henrietta Leavitt (1908), il calcule une distance d’environ 900 000 années-lumière (valeur révisée aujourd’hui à ~2,5 millions). Cette distance dépasse largement les estimations de la Voie lactée.

Hubble confirme ensuite des céphéides dans M33 et d’autres nébuleuses. Sa communication, présentée le 1er janvier 1925 à l’American Astronomical Society (par Henry Norris Russell en son absence), met fin au débat. Un article paraît dans le New York Times dès novembre 1924. Hubble publie formellement en 1929.

Hubble's Other Telescope And The Day It Rocked Our World | WAMC

Note historique : Shapley, informé par lettre, aurait déclaré : « Voici la lettre qui a détruit mon univers. » Curtis est reconnu comme ayant eu raison sur le point central.

Conséquences immédiates et développement de l’astronomie extragalactique

  • Classification : Hubble propose en 1926 une séquence de galaxies (ellipitiques, spirales, irrégulières), toujours utilisée.
  • Expansion : En 1929, Hubble établit la relation vitesse-distance (loi de Hubble), fondant la cosmologie moderne.
  • Confirmation : Les travaux de Baade (années 1940-1950) sur les populations stellaires et la recalibration des céphéides doublent les distances, renforçant le modèle.
  • Aujourd’hui : On estime 100 à 2000 milliards de galaxies dans l’Univers observable, grâce à Hubble, JWST, etc.

Conclusion : Un héritage persistant

La découverte de Hubble transforme l’Univers d’un système unique en une hiérarchie de structures. Elle pose les bases de la cosmologie du Big Bang, de l’étude de la matière noire, de l’énergie sombre et de l’évolution galactique. Comme le note Virginia Trimble, elle illustre comment une observation précise, combinée à une bonne étalonnage (céphéides), peut renverser des paradigmes.

Cette révolution, centenaire en 2024-2025, rappelle que la science avance par débats, instruments puissants et persévérance. La Voie lactée n’est qu’une galaxie parmi des milliards – une prise de conscience humiliante et exaltante.

Références principales : Hubble (1929), Sandage (1961), articles historiques de The Astrophysical Journal, revues de R.W. Smith et V. Trimble. Pour une lecture approfondie : The Realm of the Nebulae de Hubble (1936) et Extragalactic Astronomy modernes.