12 juin 2026

L'astrophysicien Rodrigo Ibata reconnu pour sa découverte deux galaxies et pour avoir compris comment s'est formée la Voie lactée

L'astrophysicien Rodrigo Ibata, directeur de recherche au CNRS à Strasbourg, a reçu mercredi 10 juin le prix Kavli pour ses travaux sur la formation des galaxies. Il rejoint ainsi deux autres lauréats strasbourgeois, faisant de l'Unistra l'une des universités les plus distinguées par ce prix.


Ses travaux ont contribué à comprendre comment s'est formée la Voie lactée. Mercredi 10 juin, Rodrigo Ibata, directeur de recherche au CNRS à l'Observatoire astronomique de Strasbourg, a reçu le prix Kavli en astrophysique aux côtés d'Amina Helmi, chercheuse néerlandaise, et Vasily Belokurov, chercheur britannique.

"Ça fait bizarre de recevoir ce prix, confie l'astronome avec humilité. Par le passé, il a été attribué à des chercheurs qui étaient des héros de leur discipline. (...) C'est même un peu gênant parce que c'est un travail d'équipe qui s'est fait grâce à une quantité époustouflante de personnes dans toute l'Europe." Il salue notamment le rôle joué par deux de ses anciens doctorants : Nicolas Martin et Khyati Malhan.

Une carrière brillante en archéologie galactique

S'il se refuse à l'admettre, Rodrigo Ibata est bien, lui aussi, un héros de sa discipline à part entière. Frédérique Berrod, présidente de l'université de Strasbourg (Unistra) le confirme : "C'est un très grand chercheur. Et le prix Kavli est la reconnaissance internationale de cette recherche remarquable et pionnière."

C'est en 1994, alors qu'il réalise sa thèse à l'université de Cambridge en Angleterre, qu'il découvre la galaxie naine du Sagittaire, gravitant autour de la nôtre. Une traînée d'étoiles témoigne de son absorption progressive par la Voie lactée.

En 2003, rebelote. Avec son doctorant Nicolas Martin, Rodrigo Ibata co-découvre la galaxie naine du Grand Chien, la plus proche de la Voie lactée connue à l'heure actuelle.


La galaxie du Sagittaire (en rouge sur les deux images) se fait progressivement absorber par la Voie lactée, au centre. • © Rodrigo Ibata

L'observation de ces galaxies permet de comprendre le phénomène de formation de la Voie lactée. Cette dernière est née, comme toutes les autres, d'une succession d'incorporations de structures, de type galaxies naines, il y a de ça 10 milliards d'années. Pour rappel, l'univers a environ 14 milliards d'années.

L'analyse des images du satellite européen Gaïa, en orbite depuis 2013, affine la compréhension du phénomène. "Avec les images, on fait ce qu'on appelle de l'archéologie galactique. On arrive à calculer la vitesse des étoiles. Pour toutes celles qui ont des vitesses similaires, on étudie leur composition chimique. C'est la chimie et la motion qui nous indiquent qu'elles sont venues d'une même structure. (...) On a ainsi pu identifier quels ensembles d'étoiles venaient de structures qui ont été incorporées à la formation de notre galaxie", explique Rodrigo Ibata.

S'il reste dans le domaine de l'astronomie, l'astrophysicien élargit son champ de recherche en s'intéressant désormais à l'intelligence artificielle. Il travaille à la conception de modèles d'apprentissage par machine (machine learning) pour découvrir des lois physiques de manière automatique.

L'Université de Strasbourg au niveau du MIT, de Harvard et de Stanford

Bien que moins médiatisé, "il est important de rappeler que le prix Kavli est tout aussi prestigieux que le Nobel", rappelle Rémi Barillon, vice-président recherche à l'Unistra. Tous les deux ans depuis 2008, ce prix norvégien vient récompenser des travaux exceptionnels dans trois disciplines : l'astrophysique, les nanosciences et les neurosciences. Les lauréats reçoivent un prix d'un million de dollars (environ 870 000 euros) à se partager.

Avant Rodrigo Ibata, le prix Kavli a été attribué à deux autres chercheurs de l'université de Strasbourg : Thomas Ebbesen en 2014 en nanosciences, et Jean-Louis Mandel en 2022 pour ses travaux en neurosciences. L'Unistra réalise ainsi un triplé dans les trois disciplines. Seuls le MIT (Institut technologique du Massachusetts) et les universités de Harvard et Stanford ont accompli cet exploit.

Sur les quatre lauréats français du prix Kavli, trois sont donc de Strasbourg. De quoi inspirer des étudiants à candidater à l'Unistra, espère Frédérique Berrod, sa présidente.