En janvier, l'ESO a publiquement tiré la sonnette d'alarme concernant la menace que représente le mégaprojet industriel INNA pour le ciel le plus sombre et le plus clair du monde, celui de l'Observatoire de Paranal de l'ESO. Ce projet - réalisé par AES Andes, une filiale de la compagnie d'électricité américaine AES Corporation - comprend de multiples installations énergétiques et de traitement, réparties sur une superficie de plus de 3 000 hectares, soit la taille d'une petite ville. Son emplacement prévu se trouve à quelques kilomètres des télescopes Paranal.
Une analyse préliminaire réalisée à l'époque avait révélé qu'en raison de sa taille et de sa proximité avec Paranal, le projet INNA présentait des risques importants pour les observations astronomiques. Aujourd'hui, une analyse technique détaillée a confirmé que l'impact d'INNA serait dévastateur et irréversible.
Une pollution lumineuse aveuglante
Selon la nouvelle analyse détaillée, le complexe industriel augmenterait la pollution lumineuse au-dessus du VLT, situé à environ 11 km du site prévu pour l’INNA, d’au moins 35 % par rapport aux niveaux actuels de lumière artificielle. Une autre installation de Paranal, l’ELT de l’ESO, verrait la pollution lumineuse au-dessus d’elle croître d’au moins 5 %, un niveau d’interférence déjà incompatible avec les conditions requises pour des observations astronomiques de classe mondiale. L’impact le plus important concernerait le CTAO-Sud, situé à seulement 5 km de l’INNA, où la pollution lumineuse augmenterait d’au moins 55 %.[1]
« Avec un ciel plus lumineux, nous limitons considérablement notre capacité à détecter directement des exoplanètes semblables à la Terre, à observer des galaxies peu lumineuses et même à surveiller les astéroïdes qui pourraient endommager notre planète », explique Itziar de Gregorio-Monsalvo, représentant de l'ESO au Chili. « Nous construisons les télescopes les plus grands et les plus puissants, dans le meilleur endroit de la Terre pour l'astronomie, afin de permettre aux astronomes du monde entier de voir ce que personne n'a jamais vu auparavant. La pollution lumineuse causée par des projets comme INNA ne fait pas qu'entraver la recherche, elle nous prive de notre vision commune de l'Univers ».
Pour son analyse technique, une équipe d'experts dirigée par Andreas Kaufer, directeur des opérations de l'ESO, s'est associée à Martin Aubé, expert mondial de la luminosité du ciel sur les sites astronomiques, pour effectuer des simulations à l'aide des modèles de pollution lumineuse les plus avancés. Les simulations ont utilisé les informations publiques fournies par AES Andes lors de la soumission du projet à l'évaluation environnementale, qui indique que le complexe sera éclairé par plus de 1 000 sources lumineuses.
« Les chiffres relatifs à la pollution lumineuse que nous communiquons supposent que le projet installera les luminaires les plus modernes disponibles de manière à minimiser la pollution lumineuse. Cependant, nous craignons que l'inventaire des sources lumineuses prévu par AES ne soit pas complet et adapté. Dans ce cas, nos résultats déjà alarmants sous-estimeraient l'impact potentiel du projet INNA sur la luminosité du ciel du Paranal », explique Andreas Kaufer.
Il ajoute que les calculs reposent sur l'hypothèse d'un ciel clair. « Nous obtiendrions une pollution lumineuse encore plus importante si nous prenions en compte un ciel nuageux », explique-t-il. « Bien que Paranal soit dépourvu de nuages la majeure partie de l'année, de nombreuses observations astronomiques peuvent encore être effectuées lorsqu'il y a de minces cirrus - et dans ce cas, l'effet de la pollution lumineuse est amplifié car les lumières artificielles proches se reflètent fortement sur les nuages.
De la turbulence en perspective
L'analyse technique a étudié d'autres impacts du projet, tels que l'augmentation de la turbulence atmosphérique, les effets des vibrations sur les équipements délicats du télescope et la contamination par la poussière des optiques sensibles du télescope pendant la construction. Tous ces éléments aggraveraient l'impact de l'INNA sur les capacités d'observation astronomique du Paranal.
En plus d'un ciel sombre et dégagé, l'Observatoire de Paranal est le meilleur site astronomique au monde grâce à son atmosphère exceptionnellement stable et régulière - il offre ce que les astronomes appellent d'excellentes conditions de vision ou un très faible « scintillement » des objets astronomiques causé par les turbulences de l'atmosphère terrestre. Avec INNA, les meilleures conditions de vision pourraient se dégrader de 40 %, notamment en raison des turbulences de l'air provoquées par les éoliennes du projet.
Une autre préoccupation concerne l'impact des vibrations causées par l'INNA sur l'interféromètre du VLT (VLTI) et l'ELT, tous deux extrêmement sensibles au bruit micro-sismique. L'analyse technique révèle que les éoliennes de l’INNA pourraient entraîner une augmentation de ces micro-vibrations du sol, suffisamment importante pour perturber le fonctionnement de ces deux installations astronomiques de renommée mondiale. De plus, la poussière générée pendant la construction pose également un problème, car elle se dépose sur les miroirs des télescopes et obstrue leur champ de vision. « Pris ensemble, ces perturbations menacent gravement la viabilité actuelle et à long terme de Paranal en tant que leader mondial de l’astronomie, entraînant la perte de découvertes clés sur l’Univers et compromettant l’avantage stratégique du Chili dans ce domaine », déclare Itziar de Gregorio-Monsalvo. « La seule façon de préserver les cieux immaculés de Paranal et de protéger l’astronomie pour les générations futures est de relocaliser le complexe INNA. »
De plus, l’infrastructure de l’INNA risque d’encourager le développement d’un pôle industriel dans la région, ce qui pourrait rendre Paranal inutilisable pour des observations astronomiques de haut niveau. « L'ESO et ses États membres soutiennent pleinement la décarbonisation de l'énergie. Pour nous, le Chili ne devrait pas avoir à choisir entre l'accueil des observatoires astronomiques les plus puissants et le développement de projets d'énergie verte. Les deux sont des priorités stratégiques déclarées par le pays et sont tout à fait compatibles - si les différentes installations sont situées à des distances suffisantes les unes des autres », a déclaré Xavier Barcons, directeur général de l'ESO.
Le processus de participation des citoyens
Le rapport technique complet sera soumis aux autorités chiliennes plus tard ce mois-ci dans le cadre du Processus de Participation Citoyenne (PAC) de l’évaluation d’impact environnemental de l’INNA et sera rendu public à ce moment-là, avant la date limite du 3 avril. En complément de ce communiqué de presse, l’ESO publie par avance un résumé exécutif du rapport.
« Nous sommes extrêmement reconnaissants du soutien que nous avons reçu de la part des communautés de recherche chilienne et mondiale, ainsi que des États membres de l'ESO. Nous remercions également les autorités chiliennes de s'être penchées sur la question. Nous sommes plus que jamais déterminés à travailler ensemble pour protéger le ciel irremplaçable du Paranal », conclut Xavier Barcons.
Notes
[1] Les niveaux de référence se réfèrent à la luminosité artificielle actuelle du ciel, causée par les lumières artificielles. Les calculs de la luminosité du ciel ont été effectués dans la lumière visible (dans la bande V centrée sur 550 nm) et en supposant une direction d'observation de 45 degrés d'élévation au-dessus de l'horizon vers le sud.
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L'Observatoire Européen Austral (ESO) permet aux scientifiques du monde entier de découvrir les secrets de l'Univers pour le bénéfice de tous. Nous concevons, construisons et exploitons des observatoires au sol de classe mondiale - que les astronomes utilisent pour s'attaquer à des questions passionnantes et transmettre la fascination de l'astronomie - et nous encourageons la collaboration internationale en astronomie. Créé en 1962 en tant qu'organisation intergouvernementale, l'ESO est aujourd'hui soutenu par 16 États membres (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Finlande, Irlande, Italie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Royaume-Uni, Suède et Suisse), ainsi que par l'État hôte du Chili et l'Australie en tant que partenaire stratégique. Le siège de l'ESO ainsi que son centre d'accueil et son planétarium, l'ESO Supernova, sont situés près de Munich en Allemagne, tandis que le désert chilien d'Atacama, un endroit magnifique offrant des conditions uniques pour observer le ciel, accueille nos télescopes. L'ESO exploite trois sites d'observation : La Silla, Paranal et Chajnantor. À Paranal, l'ESO exploite le Very Large Telescope et son Very Large Telescope Interferometer, ainsi que des télescopes de sondage tel que VISTA. Toujours à Paranal, l'ESO accueillera et exploitera le Cherenkov Telescope Array South, l'observatoire de rayons gamma le plus grand et le plus sensible au monde. Avec ses partenaires internationaux, l'ESO exploite APEX et ALMA à Chajnantor, deux installations qui observent le ciel dans le domaine millimétrique et submillimétrique. Au Cerro Armazones, près de Paranal, nous construisons "le plus grand œil au monde tourné vers le ciel" - l'Extremely Large Telescope de l'ESO. Depuis nos bureaux de Santiago du Chili, nous soutenons nos opérations dans le pays et nous nous engageons auprès des partenaires et de la société chiliens.
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Ce texte est une traduction du communiqué de presse de l'ESO eso2506.